Dernier message avant nos retrouvailles !!!!

Publié le par Charles de Vesvrotte

 

 

          Ah vous savez mes petits enfants, pas si facile que ça de se retourner sur son passé !

 

Pour vous, j’ai fouillé mes archives et retrouvé cette lettre. L’ai-je envoyé, à qui ? il ne m’en souvient plus….

 

 

                                           Allemagne, septembre 1793

                   

Mon ami,

 

Hélas, il ne me sera pas possible de rejoindre l’armée du prince de Condé comme j’en avais l’impérieux désir. Il me faut être là auprès de mon « souvenir » lapon, une certaine Christine Landa que j’ai ramené avec moi, je vous concède que c’est une drôle d’idée mais il m’avait paru là-bas fort original de rapporter de mes voyages à faire partager aux miens un souvenir vivant. A cet effet, je lui demande de garder ses vêtements lapons, ce qu’elle fait je dois le dire d’assez bonne grâce.

Pour communiquer avec elle, j’ai appris le lapon et ai tenté de lui apprendre le français, mais sans grand succès. La phrase qu’elle connaît le mieux est la suivante : « qu’est-ce que tu dis ? » Vous conviendrez avec moi qu’elle ne facilite pas de longs échanges…Elle entend mieux l’allemand et peut même aujourd’hui se faire à peu près comprendre.

Il me vient souvent des remords de l’avoir ainsi emmené avec moi, à quoi me sert-elle, me demanderez –vous ? Je me pose la même question, certes elle me remplace un domestique à condition de ne pas être trop exigeant car elle n’est pas d’un naturel fort ouvrier : quelques commissions en ville ou quelques services dans la chambre….

Je suis bien aise pour autant qu’elle ait perdu les mauvaises habitudes de son peuple. Si le paysan lapon est riche et aisé, chez lui, on ne change de linge qu’une fois le mois et je ne suis jamais passé à ce moment-là. Et la gale y est si commune qu’il n’y a pas de maison où l’on ne voit quelqu’un qui l’ait.

Je vous raconterai une autre fois mes promenades en traîneau tirés par des rennes, ma jeune Lapone possède chez elle un grand troupeau, bien précieux à ses yeux, si précieux qu’elle ne réussit encore à se décider si elle partagera ce troupeau entre les membres de sa famille si elle me suit en France ou si elle l’agrandira au cas où elle rentrerait chez elle.

 

 

 

 

 

 

Voilà, mes petits enfants, cette lettre répond-elle à votre curiosité ? Si vous voulez en savoir plus sur la Laponie, demandez donc au jeune Just, je sais qu’il y fit à son tour quelque excursion, il faut dire que celui-là me semble bien de mon sang, voyageant sans cesse et toujours curieux de découvrir le monde.

 

Quant à moi, je ramenais ma lapone à Dijon en 1801. Elle y épousa par la suite un boulanger du nom de Grébille mais ce gredin la rendit fort malheureuse. Je dus même lui constituer une rente viagère annuelle car elle fut ruinée par cet imbécile. Elle mourut avant moi en 1828 et j’eus à cœur de prendre en charge les frais de sépulture.


 

Ah ? quel délice de vous raconter ainsi mes souvenirs. Quel délice encore plus grand de vous retrouver le 28 mars 2009 au Châtelet. Je suis infiniment ému de savoir que vous serez presque tous là, vous ceux qu’on appelle « les petits-enfants », et promis, on pensera très fort aux absents, Chantal et Jean, Sylvie et Hubert, Gaétan et Sophie…. Vous aussi Colette et Maurice vous allez nous manquer…

 

Je vais continuer à fouiller ma malle aux souvenirs.

 

Pour vous, préparez vos sacs mais n’y mettez pas de draps, la maison les fournira. A bientôt avec toute la tendresse d’un vieil ancêtre pour sa descendance.


     

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article